Histoire de l’écocertification
Après l’invention de la tronçonneuse, en dépit des alertes de la FAO et de l’ONU, la seconde moitié du XX siècle a été caractérisée par une exploitation effrénée des forêts, et en particulier des forêts tropicales d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie du sud-est, mais aussi de forêts tempérées comme les forêts pluvieuses ou ombrophiles de l’Amérique du Nord-Ouest.
Les lois protégeant les forêts datent de Charlemagne ou de l’Antiquité, mais l’idée d’un système de preuves (certification) adressées au client ou au public ne date que du milieu du XX siècle.
Alors que la guerre accélère les coupes, aux États-Unis l’immense forêt semblait encore sans fin et les forestiers ne se préoccupaient pas de replanter ou restaurer l’écosystème après leurs coupes rases.
En Europe où la forêt avait presque disparu de pays comme la France à la fin du moyen-âge, dans les années 1940, la gestion en futaie, les cultures d’arbres sont déjà multiséculaires. On commence même à parler d’alternatives plus respectueuses de l’environnement, avec la forêt jardinée (ou jardinisée), gérée en bouquet ou « pied à pied », selon des principes dits proche de la nature par les sylviculteurs de l’école émergente Prosilva. Les forestiers européens n’envisageaient pas pour autant une certification que le marché n’imposait pas.
La notion et le mot Tree farming sont utilisés avec un succès rapide aux États-Unis à partir des années 1940. Il s’agit pour les propriétaires forestiers de répondre aux critiques du public qui les accusait déjà de couper ou laisser couper les arbres à une vitesse et ampleur dépassant largement les possibilités de renouvèlement écologique, sans même reboiser.
L’ancêtre des écolabels ?
Quelques propriétaires forestiers privés ont donc eu l’idée d’un label qu’ils nomment American Tree Farm System (ATFS) qui montrant au public que certains forestiers pouvaient cultiver la forêt en replantant ce qu’ils avaient coupé, sans atteinte, de leur part, aux forêts primaires tempérées déjà relictuelles.
Le label est d’abord et surtout utilisé pour certifier des monocultures de résineux, peupliers ou des cultures de sapins de Noël. Ainsi est né le 1 label forestier, durant la seconde Guerre mondiale, en 1941 précisément, avec une 1 « ferme d’arbre » labellisée ATFS dans l’état de Washington. D’autres propriétaires forestiers ont ensuite adopté le label en Californie. Il est aujourd’hui présent dans 46 États et le concept fait école ailleurs avec plus ou moins de succès pour les cultures d’hévéa, eucalyptus ou palmier à huile…
La notion de durabilité était affirmée dès 1941, mais non celle de soutenabilité, car planter des alignements monospécifiques de clones de même classe d’âge produit un agrosystème extrêmement appauvri et fragile, très éloigné des riches écosystèmes forestiers, ont argué les premiers détracteurs de ce label dans les années 1970.
Peu à peu, la biodiversité, puis la composante aménitaire (loisirs, écotourisme, belle nature..) sont devenus des critères de l’ATFS, sans toutefois de réflexion approfondie sur l’importance de la diversité génétique ou de la naturalité des arbres eux-mêmes. La biodiversité prend une importance croissante, mais reste pour certains propriétaires une notion floue ou réduite au mieux au gibier, au poisson et aux champignons).
Le label ATFS a été ouvert aux propriétaires qui ne voudraient pas couper leurs arbres, à condition que leur boisement ait une vocation récréative ou de protection de l’eau ou de la biodiversité. Ceci a accru la sympathie du public pour le label, mais on ignore le pourcentage de la surface certifiée ainsi gérée. On a reproché à ce label et à d’autres d’avoir d’abord été fait par des propriétaires pour des propriétaires, ainsi que de certifier une grande variété de gestion, de qualité très inégale, du plus intensif à des boisements où la nature laissée à elle-même. Ce label n’impose en effet pas de seuils, d’indicateurs ou d’objectifs précis ou chiffrés, ni ne prend en compte les droits ancestraux de populations amérindiennes ou inuit.
Une inspection de la forêt est faite tous les 5 ans par un des 4 400 forestiers volontaires de l’association (volunteer inspecting foresters), mais ces inspecteurs, s’ils présentent l’avantage de ne pas être payés peuvent-ils être considérés comme “indépendants” ?
Le label veut garantir le respect de normes internes, et s’appuie sur une sorte de règle commune et un guide de bonnes pratiques (standards and guidelines), mais ce cadre est jugés très sommaire par les détracteurs du label, dont certains s’étonnent aussi du sponsoring de BASF, devenu l’un des grands producteurs de pesticides, dont certains utilisés pour la culture des arbres.