Causes
Les routes principales, puis secondaires, plus faciles que les fleuves sont les premiers axes de pénétration et de déforestation (ici en Amazonie). Les trouées suivent un motif caractéristique en « arêtes de poisson »
Images satellites montrant la déforestation en Bolivie entre 1986 et 2001.
Production de charbon de bois, en forêt tropicale
Activités humaines
L’usage du sol :
- L’usage agricole du sol : 60% de la déforestation est due aux cultures sur brûlis, à son exploitation pendant deux ou trois ans, et à son abandon. Ces terres sont en effet très pauvres et subissent une importante érosion. Après abandon, l’agriculteur recommence ailleurs, et ainsi de suite. Le soja est la principale culture concernée. Le surpâturage est également en cause : le bétail détruit la végétation et empêche sa régénération. Les bÅ“ufs brésiliens, par exemple, empiètent de cette façon largement sur la forêt.
- Le défrichement des forêts naturelles et leur remplacement par des plantations mono spécifiques plus rentables provoque une perte considérable en biodiversité et fragilise la végétation (voir facteurs biotiques).
- Enfin, l’urbanisation, le mitage des zones naturelles, les travaux d’aménagement (remembrements parcellaires) et les infrastructures (autoroutes, chemins d’accès…), l’exploitation des ressources minières (provoquant l’empoisonnement de la terre, avec les conséquences imaginables sur la végétation : la mine de Serra dos Carajás au Brésil a ainsi détruit 150 000 Km² de forêt) et les barrages hydroélectriques ont un fort impact sur les forêts.
L’exploitation non durable des ressources forestières et agricoles est bien entendu un autre problème grave. L’absence de plans de gestion à long terme entraîne la disparition des forêts : les entreprises forestières coupent à blanc sans soucis de reboisement, et aucune régénération naturelle n’est possible (voir conséquences : érosion des sols).
De plus, l’exploitation irréfléchie d’une parcelle abîme fortement la végétation alentour : ainsi, pour un arbre abattu 40 autres sont abîmés.
20% des déboisements en proviennent.
Le besoin en bois : la récolte de bois de feu dans les pays du Sud représente 56% de l’exploitation mondiale de bois. Ces prélèvements individuels, ponctuels et superficiels, provoquent donc ensemble de grands bouleversements.
Au Nord, les besoins en bois de construction et en papier alimentent le pillage des ressources forestières du Sud.
Les incendies dus à des débroussaillages, aux cultures sur brûlis, à la chasse, à la lutte contre des espèces « nuisibles », à l’élimination de déchets, au vandalisme, à l’inconscience ou au hasard peuvent détruire en quelques heures d’énormes superficies, comme ce fut le cas à Kalimantan (Bornéo) où 3.5 millions d’ha ont brûlé…
Les pollutions atmosphériques, de l’eau ou des sols (notamment par des produits phytosanitaires) peuvent s’étendre sur des régions entières et provoquer l’affaiblissement voire la mort de toute la végétation touchée, sans espoir de régénération même anthropique avant des dizaines d’années.
Le tourisme et une fréquentation trop importante freinent la régénération et tassent les sols.
Les guerres successives comme au Viêt Nam en 1973 où 22 000 km², soit 23% de la superficie boisée du pays, furent anéantis ont bien entendu une influence plus que néfaste.
Causes indirectes
Difficultés sociales, pauvreté.
Explosion démographique
Absence de réglementation au sein des pays concernés, qui découle de l’ignorance et du désintérêt des acteurs et des consommateurs.
Consommation importante dans les pays développés, de bétail ou de volaille, nourris par le soja cultivé au Brésil.
Consommation de mobilier en bois ne respectant pas une bonne gestion forestière.
Facteurs naturels
L’éruption du Mont Saint Helens provoqua la destruction de nombreux arbres
Déforestation au Honduras, exacerbée par le cyclone Mitch d’octobre 1988
De nos jours, les facteurs naturels ayant une influence sur le couvert forestier sont :
Les maladies et les champignons sont aidés par la présence de cultures mono spécifiques, voire de cultures composées d’arbres clones. En effet lorsqu’un arbre est atteint tout le peuplement suit car chaque arbre dispose de la même vulnérabilité.
La graphiose de l’Orme (Ceratocystis ulmi) est ainsi responsable de la mort de la quasi-totalité des Ormes d’Europe durant les années 1980.
Les proliférations d’espèces comme les grands herbivores (favorisés par la disparition de leurs prédateurs) ou les insectes phytophages (favorisés par les cultures mono spécifiques et le réchauffement climatique) peuvent être extrêmement destructrices, comme au Québec où la Tordeuse des bourgeons de l’épinette a provoqué entre 1938 et 1958 la mort de 60% des sapins (Abies balsamea) et de 20% des épinettes (Picea glauca) bien que ces épidémies se produisent dans des forêts naturelles gigantesques et non dans des plantations monospécifiques. En 1975, 35 millions d’hectares étaient touchés. Ces épidémies sont récurrents en forêt boréale car elles sont sources de rajeunissement de la forêt mais on estime que le réchauffement de la planète pourrait accélérer ce processus. Dans le Sud de la France, les années 2003-2006 ont été très chaudes et sèches provoquant des épidémies dévastatrices dans les peuplements d’épicéas communs. Les forestiers locaux estiment que l’épicéa, introduit dans le Sud Massif Central et dans les Pyrénées dans les années 1950-60, pourraient devenir un reliquat d’ici quelques années créant une pénurie de bois résineux dit “blancs” utiles pour la papeterie.
Les aléas climatiques
Sécheresse : qui crée des conditions favorables au développement des incendies.
Orages secs : qui créent avec leurs éclairs et vents induits des feux de forêts spectaculaires dans les forêts boréales (Canada [, États-Unis, Sibérie Orientale et Nord de la Chine) ainsi que dans les forêt tropicales sèches lors de phénomènes macroclimatiques ( El Nino en Indonésie). La tempête de 1999 par exemple détruisit 160 millions m³ de bois rien qu’en France.
Catastrophes naturelles: par exemple, l’éruption volcanique du mont Saint Helens aux États-Unis, provoqua la destruction massive de plusieurs dizaines de kilomètres carrés de bois
Facteurs humains
Déforestation agricole sur les Monts Usambara (District du Lushoto, région Tanga, Tanzanie).
L’Homme contribue à la déforestation de nombreuses manières :
Plus localement, pour l’exploitation minière en plein air qui requiert des coupes « à blanc » et des zones de rejets d’eau polluée ou de « stériles », ou suite à certaines techniques d’orpaillage
Indirectement, suite à la part anthropique du réchauffement climatique (sécheresses qui provoquent des feux de forêt ou en aggravent les conséquences).
La part de responsabilité de l’exploitation du bois fait débat. La contribution directe du marché international des bois tropicaux n’est pas dominante en terme d’impact direct en Amazonie, Asie et Afrique). Cependant ;
- - quand on coupe un arbre de la forêt primaire, plusieurs centaines d’autres sont abîmés ou coupés pour y accéder
- - Il convient de distinguer l’exploitation forestière classique (sélective) des coupes de récupération (en cas de déforestation pour l’agriculture ou l’exploitation minière) qui sont en fait des coupes d’opportunité.
- - les transformations de forêts primaires en boisements cultivées, parfois monospécifiques se sont poursuivies et même localement amplifiées (en Tasmanie par exemple) depuis le Sommet de Rio.
- - Il faut tenir compte du fait qu’en zone tropicale, les dizaines de milliers de Kilomètres de pistes et routes forestières (et parfois les layons) deviennent des moyens de pénétrer plus loin et très facilement la forêt pour les chasseurs et les paysans pauvres qui brûleront la forêt pour la convertir en terre agricoles.
- - des centaines de grands barrages hydroélectriques ont ennoyé des surfaces forestières écologiquement très riches, mais surtout , ils ont rendu les fleuves plus réguliers et facilement navigables (en noyant les « sauts »), facilitant l’accès aux zones éloignées de la forêt plus accessibles, de même que les routes construites pour les construire et y accéder ou les coupes rases faites pour le passage des lignes haute tension.
- Enfin, l’hélicoptère, le GPS, l’imagerie satellitaire et les progrès de la communication sans fil ont aussi localement facilité l’exploitation et la destruction illégales des forêts.
C’est in fine la conversion des forêts en surfaces agricoles qui est historiquement le premier facteur de déforestation des zones tropicales. (cultures et/ou pâturages, sont financièrement plus productives et intéressantes que la forêt pour les paysans, même si l’on sait que les forêts sont indispensables à l’équilibre de la Nature et que la notion de productivité n’a pas de sens si elle fait abstraction des équilibres biologiques. La situation est compliquée par l’absence de convention internationale sur la Forêt, le contrôle difficile des activités illégales en zones tropicales, l’existence d’un trafic facilité par la corruption, et par le fait que la déforestation peut à court terme donner l’impression d’améliorer la balance des paiements de pays pauvres par l’exportation, d’être source de taxes et revenus pour l’état ou des collectivités, en créant une activité économique nouvelle (emplois, revenus, …)
Quelques expériences d’agroforesterie incluant des élevages en milieu forestier ont lieu, dont en Forêt-Noire, comme cela se faisait en Europe au Moyen Âge. Reste à étudier les effets du sylvopastoralisme afin d’ajuster la densité du bétail et le temps de séjour à la capacité du milieu à se régénérer, car les vaches et chevaux (du pacage) sont souvent plus lourds et moins rustiques qu’au moyen âge. ils se frottent sur les troncs, mangent des écorces et les poussses, piétinent le sous-étage. Les porcs (panage) consomment les une grande part des fructifications qu’ils trouvent, les champignons souterrains (truffe du cerf par exemple) et piétinent l’humus. Les moutons éradiquent le sous-étage, mais ce sont les chèvres qui font le plus de dégâts, étant capables de détruire le peuplement forestier en écorçant les troncs et en montant aux arbres. Au Liban et au Maroc, le sylvopastoralime vieux de plusieurs millénaires est considéré comme la principale menace des dernières cédraies. Ces animaux peuvent ils jouer en forêt le rôle qu’y jouaient les grands mammifères de la préhistoire, alors que nous avons fait disparaître ou fortement régresser les grands prédateurs, C’est une question que se posent les scientifiques. Tout est question d’équilibre!
Enfin, l’Homo sapiens se sent souvent biologiquement inadapté à la vie en forêt, milieu qui ne pourrait satisfaire qu’une petite partie de la population. Le développement démographique de l’humanité a rendu une partie du défrichement nécessaire, donc justifiable, jusqu’à une certaine époque. Mais de nos jours, la déforestation a de moins en moins de lien avec la nécessité d’installer des populations. On observe d’ailleurs un phénomène généralisé d’accroissement des populations urbaines et de diminution des populations rurales.
